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Voyages et déconfinement : Que va-t-il rester du pavillon aérien français ?

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Voyages et déconfinement : Que va-t-il rester du pavillon aérien français ?

02/06/20

Le déconfinement arrive tout doucement et le réveil n’est pas très heureux. Plus le temps passe et plus le transport aérien se fragilise. Faisons un léger calcul : le chiffre d’affaires mondial du secteur est de l’ordre de 850 milliards de dollars or il va manquer au moins 3 mois complets d’exploitation soit un quart de l’année. Cela correspond à 212 milliards de dollars.

Certes la perte sera inférieure car les coûts directs seront très faibles, mais finalement, aux dires de IATA elle devrait se situer aux alentours de 150 milliards de dollars. En gros c’est le résultat de tout de transport aérien accumulé au cours des 10 dernières années. Et encore on ne connait pas la vitesse de la reprise. Il faut dire que les autorités internationales : l’OACI et IATA ont mis des mois avant de proposer les conditions sanitaires de reprise, sans pour autant les imposer aux Etats qui s’estiment souverains en la matière.

Oui, vraiment, le transport aérien est le grand sacrifié du Covid 19.

Les compagnies aériennes, même les plus puissantes sont en danger. A ce jour plusieurs d’entre elles, parmi les plus connues, sont passées sous le Chapter 11 : les deux plus importantes sud-américaines : Avianca et LATAM, Air Mauritius et Virgin Australia y ont eu également recours.

Les licenciements massifs sont annoncés, ils se chiffreront par dizaines de milliers d’emplois, peut-être

jusqu’à 100.000. Le géant Lufthansa Group a dû se résoudre à accepter l’entrée de l’Etat allemand dans son capital à hauteur de 20% ce qui en fait le premier actionnaire de la compagnie. Bref tout le paysage aérien est chamboulé.

La France n’est pas épargnée. Sans l’aide massive de l’Etat, tout le secteur aérien risque de passer à la trappe. Certes le Gouvernement s’est fortement mobilisé pour sauver Air France. Mais cette assistance se fait à partir de prêts soit d’Etat soit garantis par l’Etat mais qu’il faudra bien rembourser un jour ou l’autre.

Seulement il a mis des conditions qui laissent perplexes quant à sa volonté de soutenir le transport aérien. D’abord en limitant le champ d’activité de la compagnie aux seules destinations pour lesquelles le train n’est pas compétitif au prétexte que le rail pollue moins que l’aérien, ce qui reste encore à démontrer et qui ne prend pas en compte les énormes progrès que l’aérien va encore faire dans ce domaine au cours des toutes prochaines années.

Et puis en décourageant les clients de reprendre l’avion, comme cela a été exprimé par la Ministre de la Transition Ecologique et Solidaire qui a la tutelle sur les Transports. Cela correspond à tenter de tuer un des plus importants secteurs d’activité dont elle a la charge.

La conséquence ne s’est pas fait attendre : Benjamin Smith et Anne Rigail ont annoncé une attrition de 40 % du réseau domestique desservi par le groupe. Cela signifie la fin programmée de HOP, ce qui d’ailleurs est peut-être une bonne affaire, à la condition que les lignes ainsi abandonnées soient reprises, par exemple par Transavia.

Bref on voit petit à petit le transport aérien français quitter le territoire laissant de très nombreuses villes sans l’apport déterminant du principal moyen d’attirer les décisionnaires économiques. Au lieu d’utiliser le formidable maillage aéroportuaire construit au cours des 40 dernières années, les décisions gouvernementales vont consister à désertifier cet inégalable outil de désenclavement.

Les conséquences seront prévisibles : les transporteurs étrangers au premier rang desquels Ryanair et EasyJet, mais aussi Volotea, vont probablement se précipiter sur ces marchés, certes peu profitables pour Air France, mais dont ils pourront faire leurs choux gras.

Et ce n’est pas tout. Il semble bien que le Gouvernement reste sourd aux appels des autres transporteurs qui ne sont pas moins méritants qu’Air France. Ils ont droit eux aussi au soutien de l’Etat au moins à proportion de leur chiffre d’affaires. Or les déclarations ministérielles ne vont pas dans ce sens. L’accès au PGE et les reports de charges paraissent suffisants aux décideurs qui ont finalement choisi de privilégier la compagnie nationale au détriment des autres transporteurs. Mais ces derniers sont au moins aussi fragiles et ils rendent un service équivalent tout en étant beaucoup plus réactifs, car plus petits que la compagnie nationale.

Les Corsair, Air Austral, Air Caraïbes, celle-là moins en difficulté compte tenu des résultats passés enregistrés, ASL, Air Tahiti Nui, Air Calin, mais

aussi les transporteurs régionaux tels que par exemple Chalair ou Twin Jet sont eux aussi menacés de disparition tout au moins à moyen terme. Et tous n’auront pas accès au fameux PGE.

Les Assises du Transport aérien annoncées en leur temps à grands son de trompe par la Ministre des Transports du moment, Mme Borne, ont accouché en tout et pour tous d’une nouvelle écotaxe décidée en juillet 2019.

Au cours de la même année Aigle Azur et XL Airways ont disparu. Nos gouvernants voudraient continuer à alimenter l’hécatombe qu’ils ne s’y prendraient pas autrement.

 

la quotidienne du 2 juin

 

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