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Vacances : été meurtrier ou bonheur dans le pré ?

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Vacances : été meurtrier ou bonheur dans le pré ?

11/04/20

Que l’on se rassure, les Français cette année encore, s’ils ont la chance de pouvoir s’évader, resteront en France. Crise ou pas crise, ils y ont leurs habitudes, est-il utile de le rappeler ? Dans ce contexte, la campagne française n’a jamais eu autant d’atouts pour séduire les vacanciers de l’été 2020. Mais, attention, malgré ses qualités, ce territoire historique pour le tourisme affiche aussi des défauts qui, dans le cadre d’une réinvention du tourisme (telle que nous la préconisons) devront trouver des solutions. Le bonheur sera-t-il donc dans le pré cet été ? Sans doute. Mais, encore faudra-t-il qu’il y reste !

Les récentes déclarations du Secrétaire d’Etat aux transports ne pouvaient pas mieux faire la promotion du tourisme français.

 « Ne réservez pas vos voyages d’été ! », a conseillé avec virulence Jean-Baptiste Djebbari.

Du bon sens quand on a si peu de visibilité sur la fin du confinement, sur la reprise des transports, sur la réouverture des hôtels et restaurants…

Mais attention, les Occidentaux sont ainsi faits qu’ils ont besoin d’avoir un projet et de rêver à ce qui ressemblerait à des vacances : de l’espace, de la chlorophylle, des petits oiseaux dont on entend les chants, des biches qui viennent s’égarer le long des haies, des sangliers qui font des virées en catimini dans les jardins… Le tout en mangeant de la nourriture saine glanée chez les fermiers alentours.

En fait, comme l’a démontré le départ massif de Franciliens vers de nombreux départements de l’Hexagone, se mettre au vert en renouant avec une palette de sensations visuelles, olfactives, sonores, pourrait bel et bien suffire à notre petit bonheur estival.

Surtout lorsque l’on a des enfants, que l’avenir économique est incertain et que les tarifs affichés par les hébergements de ces territoires, notamment les gîtes, sont accessibles aux petits budgets avec lesquels il va falloir se débrouiller cet été.

Une tendance confirmée par le rapport du cabinet Roland Berger, réalisé fin mars auprès d’opérateurs touristiques. Plus court, et moins cher !

Un territoire refuge

En réalité, la campagne n’a pas attendu cette crise sanitaire pour proposer ses atouts.

Inscrite dans l’imaginaire national de l’après-guerre, elle est une composante indispensable de l’offre touristique. Bon an mal an, elle enregistre quelque 20% des séjours.

En milieu rural, les résidences secondaires représentent quant à elle 18,5% du parc auquel s’ajoutent celles du « littoral rural » qui représente quant à lui 13,5% d’un total de résidences évalué à 3,3 millions d’unités (Sources Atout France).

Mieux, compte tenu des bouleversements climatiques actuels et des risques encourus par d’autres espaces comme le littoral et la ville, la campagne devrait d’autant plus progresser que l’offre d’hébergements via des plateformes collaboratives, la rend de plus en plus accessible.

Le géant Airbnb ne cesse de proclamer sa volonté d’augmenter son parc d’hébergements à la campagne. Il enregistre d’ores et déjà 2 millions de clients sur 28 000 communes situées au vert.

Quant aux Gites de France, 75% de leur parc de 70 000 hébergements se situent en milieu rural sans compter l’hôtellerie traditionnelle et celle de luxe que l’on retrouve de plus en plus dans les domaines dédiés à l’oenotourisme.

Les antagonismes de la campagne

Encore mieux, selon une enquête de l’Observatoire ObSoCO, 38% des Français sont attirés par une vie à la campagne. Alors que 12% souhaitent vivre en ville et 7% en périphérie.

Certes, il s’agit de déclaratif et les intentions ne font pas forcément les actes.

Une autre enquête Ifop datant d’avril 2019 révèle que 81% des Français estiment que la vie à la campagne correspond à un mode de vie idéal !

Mais voilà, la campagne abrite encore, et c’est bien normal, des habitants exerçant le dur métier de paysans.

Levés aux aurores, couchés au crépuscule, passant un nombre largement excessif d’heures à traire leurs animaux, semer, récolter, bref prendre soin de leurs cultures, ces travailleurs de la terre ont des activités et des modes de vie qui ne sont pas toujours compatibles avec ceux des adeptes du tourisme vert.

Leurs semeuses font du bruit, leurs systèmes d’arrosage aussi… Quant à leurs animaux ?

Les fantasmes à l’épreuve de la réalité : le combat des coqs Maurice et Coco

Rappelons-nous deux anecdotes ayant défrayé l’actualité ces derniers mois : après avoir été assigné au motif que ses « cocoricos » étaient trop dérangeants pour le voisinage, le coq Maurice a eu un successeur.

Ce fut au tour de Coco, un coq haut savoyard à la vie tranquille, de devoir passer devant les tribunaux.

Début septembre 2019, le désormais célèbre coq Maurice convoqué devant les tribunaux a cependant été acquitté. Il a reçu l’autorisation des juges du tribunal de Rochefort de continuer à claironner à tue-tête sur l’île d’Oléron.

Malheureusement, le coq Coco, accusé du même délit n’a pas eu autant de chance. Son propriétaire a été condamné à se séparer de son volatile faute de quoi il devra payer une amende de 50 euros par jour !

C’est dire l’importance que peut prendre de nos jours une banale histoire de coq et les dérapages absurdes auxquels on peut assister.

Des conflits entre deux mondes

En matière de nuisances sonores, la palette est vaste : oiseaux, moissonneuses, grenouilles…

D’ailleurs, l’essayiste Philippe Muray (redécouvert par Fabrice Lucchini) avait, dès les années 2000, alerté sur les risques de cohabitation entre urbains stressés établissant leurs pénates à la campagne et un monde agricole obéissant à ces rythmes de vie séculaires.

Non sans humour, outre les chants du coq, il dépeignait l’incidence négative des cloches des églises sur les tympans fragiles des citadins, le beuglement des vaches et des moteurs de moissonneuses, ainsi que les nuisances olfactives insupportables aux narines de nos contemporains.

Des psychoses que le sociologue Jean-Didier Urbain, dans son ouvrage « Paradis verts », dénonçait aussi en observant la manie des urbains à se calfeutrer dans leurs résidences secondaires pour continuer à vivre comme des urbains à l’abri du bruit et des odeurs, sans chercher à se mélanger aux populations locales.

Enfin, Philippe Muray dénonçait aussi les contradictions de l’« homo festivus », cherchant à tout prix à imposer à la campagne des divertissements d’urbains, des vide-greniers, des randonnées en rollers, des soirées tricot et autres fêtes des voisins !

Pesticides, déserts médicaux et autres carences

A ces éléments de folklore, on pourrait hélas ajouter aujourd’hui la méfiance des locaux vis-à-vis des Franciliens qui, dès les premiers jours de confinement, ont déferlé dans les régions françaises, et risqué de transporter dans leurs bagages, le terrible virus qui nous obsède.

De plus et surtout, il convient de mettre au passif des campagnes l’utilisation massive des pesticides dont la nocivité aujourd’hui démontrée, met en péril la santé du voisinage, résidents et touristes compris. La menace est devant nous. Elle ne se réglera pas toute seule.

Par ailleurs, nos territoires ruraux accusent une carence dramatique en services publics et commerces et restent malheureusement peu accessibles par les transports publics.

Pire, ils affichent aujourd’hui une carence qui pourrait doublement leur nuire, celle d’équipements médicaux de qualité qui seront de plus en plus recherchés dès cet été.

Entre tourisme et campagne, tout n’est donc pas réglé. Et ne le sera pas tout seul.

Les députés volent au secours de la campagne pour protéger sons, odeurs, bistrots

Heureusement, dans un monde gris, une autre information caractéristique de notre société en quête d’authenticité, nous est arrivée des institutions parlementaires : l’Assemblée nationale a voté le jeudi 30 janvier, à l’unanimité, une proposition de loi tendant à protéger les bruits et les odeurs de la campagne.

Portée par le député de la Lozère, elle intègre la notion de « patrimoine sensoriel » des campagnes dans le droit français. Un inventaire des bruits de la campagne devra donc être dressé dans chaque département, selon ses caractéristiques.

Tandis que le Premier ministre, à l’époque bien heureuse où il n’avait pas de virus à fouetter, a décidé de lutter contre l’érosion des bistrots de campagne (passés de 200 000 à 40 000) en attribuant des licences gratuites dans les communes de moins de 3 500 habitants. Un bon moyen selon lui de lutter contre la désertification et de recréer du lien social dans nos villages qui en ont bien besoin.

Environ un millier de bistrots devraient rouvrir petit à petit, à condition bien entendu d’avoir des candidats pour reprendre une activité loin d’être de tout repos.

On pourrait ajouter aussi la volonté des parlementaires de ressusciter les petits trains de campagne !

Une campagne de rêve en perspective ? Mieux ! La Direction Générale des Entreprises (DGE) a mis en place un projet de valorisation de la campagne, intitulé en toute simplicité : « campagne paradis » !

tourmag du 10/04/20

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